

Le chemin de la plaque :
l’eau‑forte pas à pas
La gravure à l’eau‑forte est un travail de patience et de lumière. Chaque étape transforme la plaque, mais transforme aussi le regard. Cette rubrique en suit le fil, image après image, comme on suivrait la naissance d’une empreinte.


1. Préparer la plaque
Tout commence par une surface nue : une plaque de cuivre que je nettoie, polis, apprête.
Le métal devient lisse comme une peau prête à recevoir le premier geste.
Un vernis sombre la recouvre, fragile frontière entre la matière et le dessin à venir.


2. Dessiner et inciser
La pointe traverse le vernis et révèle le cuivre.
De loin, on voit le corps qui s’incline, le geste qui cherche son rythme.
De près, les traits apparaissent comme des éclats de lumière : ce sont eux que l’acide viendra creuser.
Chaque incision est une promesse, un futur sillon où l’encre se logera.


3. Observer la plaque
En gros plan, la plaque devient un territoire.
Les lignes s’y croisent, s’y répondent, certaines nettes, d’autres hésitantes.
On y lit déjà une intention, une tension, un mouvement.


4. Les outils
Les roulettes, brunissoirs, grattoirs et pointes reposent comme des instruments de musique avant le concert.
Chacun porte une nuance : tracer, adoucir, corriger, approfondir.
Ils sont les complices silencieux du geste.
Photo@yuhaopan.com
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5. La morsure de l’acide
La plaque descend dans le bain d’acide.
Là où le cuivre est mis à nu, l’acide mord, creuse, sculpte.
Le temps devient matière : quelques secondes pour un souffle, plusieurs minutes pour une ombre.
C’est une étape où l’on écoute plus qu’on ne regarde.




6. L’encrage
Une fois la plaque nettoyée, j’y pousse l’encre.
Elle s’insinue dans les creux, s’accroche aux sillons, s’y blottit comme dans un refuge.
Le geste est ferme et doux à la fois, presque méditatif.


7. L’essuyage
J’essuie la plaque, lentement, avec la paume, la tarlatane, le papier.
Il s’agit d’enlever sans effacer, de révéler sans dénaturer.
À mesure que la surface s’éclaircit, l’image apparaît, encore inversée, encore secrète.


8. L’impression
La plaque est posée sur la presse, recouverte d’un papier d'art humidifié.
La pression du rouleau unit le métal et la fibre.
Quand je soulève la feuille, l’image surgit : neuve, vibrante, encore tiède.
C’est le moment où le geste devient trace.
Quel plaisir, et quel honneur, d’imprimer sur la presse qui fut celle d’Hayter — et, dit‑on de bouche à oreille, touchée aussi par les mains de Miró et de Picasso. Chaque passage sous le rouleau porte alors un peu de leur souffle, un écho discret de leur geste.


9. La rencontre finale
J’aime alors réunir la plaque, les épreuves fraîchement imprimées en différentes versions (noir et blanc ou plus complexe, en multi couleurs...) et les outils.
On y voit le dialogue entre la matière et le geste, entre le cuivre et le papier.
La plaque garde la mémoire du travail ; l’épreuve en est la respiration.




Photo@yuhaopan.com
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Un grand merci à Yuhao Pan pour ses magnifiques photos sans lesquelles, ces explications perdraient de leur matière....
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